PAYS’ARBRES

« La cabane au bout du jardin »

Si l’Orangerie invite cet été des artistes plasticiens aux disciplines variées à se pencher sur la thématique de la cabane ce n’est certainement pas le fruit du hasard…En effet, en partant du lieu-même et de sa situation dans la ville de Bastogne, on peut observer des similitudes du moins symboliques avec l’architecture d’une cabane : construite en bordure du parc Elisabeth, en relation constante avec le paysage grâce à ses baies vitrées, l’Orangerie ne se découvre pas immédiatement…Et si la proposition souligne le bout du jardin c’est qu’il est indéniablement un espace de jeux, de surprises, de secrets et de découvertes. Le titre choisi témoigne donc clairement des intentions de Willy Dory et de Gauthier Pierson : proposer aux artistes de donner leurs visions, leurs projections tangibles ou fantasmées de la cabane.

La cabane, espace de plaisirs, de rêves, d’interdits, mais aussi  lieu de rangements, de protection, archétype de la maison ou fondement de toute architecture humaine. Elle ne répond pas une définition unique et ses déclinaisons dans le langage sont autant de témoignages de cette particularité…La hutte, l’abri, le refuge, la paillote, le tipi, la roulotte, le cabanon pour ne citer que celles là. Elle se présente souvent en marge d’une structure classique et sa fragilité aussi bien dans les matériaux qui la constitue que dans sa localisation géographique suggère une temporalité précaire. Cette demeure éphémère offre dès lors un champ poétique et artistique très vaste de l’ordre de l’utopie et sa définition complexe entre le domestiqué et le sauvage est une promesse de liberté, de non conformisme et d’évasion. L’enfant dès son plus jeune âge dessine la maison parfaite mais en même temps construit une cabane qui ne répond généralement pas à des normes, comme si ce geste contenait une transgression par rapport à l’univers des adultes et à ses codes.

Les artistes pour prolonger cette idée sont eux aussi dans un rapport au monde, au réel tout à fait particulier, à la fois dans un quotidien qu’ils partagent avec leurs contemporains, mais aussi et surtout dans leurs univers singuliers. Univers qu’ils se construisent petit à petit parfois dans le besoin de solitude et de résistance pour préserver leurs visions, leurs expérimentations. Et si l’atelier d’un artiste n’était en définitive qu’une forme de cabane ? Un lieu intime à l’abri des regards, un territoire d’exploration formelle, un monde à part, ultime rempart contre l’ordre rigide, la violence ou le politiquement correcte… L’atelier ou la cabane ne s’ouvre à l’Autre que s’il est invité, attendu, désiré. Mais ce lieu secret  se prête aussi à la convivialité, celle qu’on célèbre dans une exposition comme celle-ci et qu’aujourd’hui Willy Dory et Gauthier Pierson mettent à l’honneur.

Caroline Coste

© Gauthier Pierson