Forever Today

Le réel n’est pas ce que l’on voit

Dès l’abord de l’exposition, le ton général est donné. Ainsi que la clé de lecture de chacune des œuvres. « I’m not what i appear to be » proclame picturalement Djos Janssens forçant le visiteur à un effort de perception tant le texte peint à l’acrylique sur toile blanche est à peine lisible. L’attention scrupuleuse est de mise. Impérativement. Et pas seulement visuelle. Ce n’est pas une précaution oratoire, juste un avertissement pour préciser que les apparences sont trompeuses. Dans tous les cas.

La vingtaine  de peintures reprises dans cette exposition composée essentiellement d’œuvres récentes et pour la plupart inédites, constitue un parcours dans un champ d’investigation d’images photographiques imprimées, revisitées par le texte et la couleur, tous deux ajoutés. Par le cadrage également qui définit strictement le sujet. Et si la perspicacité se joint à l’observation attentive, on décèlera aussi l’une ou l’autre astuce de positionnement.

Dans cette démarche le recours à la photographie est l’ancrage de ce que notre regard et nos habitudes appellent la réalité. Ces peintures d’une facture inusitée, ces photos-peintures, ces impressions sur miroir, ces techniques mixtes ou acryliques sur toiles, ne sont, en fait, pas uniquement à voir. Elles sont à réfléchir. Elles relèvent de notre environnement, quotidien, banal, social, architectural. De détails souvent ni vus, ni connus. Ni repérés. Issus de nos espaces de vie et d’intérêt. Leur choix, leur traitement pictural, se veulent avant tout, dans un contexte esthétique qui ne manque ni de sens critique, ni d’humour piquant, révélateur et suscitant l’interrogation. Ces images attirantes comme des appâts, en vrai, dessillent. Et conduisent à la question. A la révision. A la re-vision. Peintures, elles sont autant des engagements poétiques qui réveillent nos neurones fatiguées ou endormies, nos regards stéréotypés, et nos pensées égarées paresseusement dans le tout-venant. Elles revigorent et réactivent nos sens titillés par une forme d’irrévérence tranquille.

Claude Lorent  (commissaire de l’exposition)